L’Allemagne humiliée, la légende du coup de poignard dans le dos…
Novembre 1918 : L’Allemagne, épuisée par la guerre et secouée par une révolution, désigne le ministre Matthias Erzberger pour négocier la paix avec les Alliés. À Rethondes, Foch lui impose des conditions particulièrement sévères, et malgré ses protestations, Erzberger signe sous contrainte, conscient que la guerre doit cesser. Le 11 novembre à 11 h, l’armistice entre en vigueur. Tandis que les Français célèbrent la victoire, Erzberger rentre honni en Allemagne. Pour le monde, c’est le début d’une ère nouvelle marquée par la réorganisation des nations et la recherche d’une paix durable, mais dans laquelle les vaincus humiliés n’auront de cesse de vouloir leur revanche.
La bd « Les dates chocs de l’Histoire – 11 novembre 1918 » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les dates chocs de l’Histoire – 11 novembre 1918 »
Adapté du roman de Jean-Patrick Manchette publié en aout 1981.
À dix-huit ans, Terrier est amoureux d’une jeune fille d’un milieu plus aisé qui lui promet de l’attendre dix ans le temps qu’il fasse fortune. Terrier s’engage dans l’armée, devient mercenaire puis tueur à gages. Son but est simple : gagner suffisamment d’argent pour aller chercher sa bien aimée. À trente ans, Terrier décide de se retirer pour retrouver sa promise comme promis. Mais rien ne se passe comme prévu… Ce roman est certainement l’un des plus célèbres du prince de la Série Noire. Avec près de 100 pages en noir et blanc, il est aussi l’une des adaptations les plus ambitieuses de Tardi.
La bd « La position du tireur couché » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La position du tireur couché »
Il y a des rencontres qui relèvent de l’évidence. En adaptant La position du tireur couché, Jacques Tardi ne s’est pas contenté d’illustrer Jean-Patrick Manchette : il a gravé dans le métal froid le testament du néo-polar français.
On y suit Martin Terrier, tueur à gages dont la volonté de « décrocher » se heurte à une machine sociale implacable. Ici, point de romantisme. Fidèle au style de l’œuvre originale de 1981, le récit refuse toute psychologie de comptoir. Martin Terrier est un rouage, une pièce d’usine qui saigne, piégée dans une fable politique où le capitalisme a le visage d’une organisation sans âme. C’est sec, nerveux, et d’une lucidité désespérante.
Graphiquement, c’est une gifle de grisaille. Tardi déploie un noir et blanc poisseux qui capture à merveille la France des zones industrielles et des chambres d’hôtels anonymes. Ses « tronches » habituelles, marquées par une lassitude existentielle, donnent une chair incroyable au texte. Les scènes d’action, d’une violence clinique et sans fioritures, soutiennent un rythme qui ne laisse jamais respirer le lecteur.
Cet album est une relecture habitée, une œuvre de « sale gosse » qui cogne là où ça fait mal. Jacques Tardi et Jean-Patrick Manchette signent ici le portrait d’un monde qui finit de s’effondrer.
Adapté du roman de Jane Austen publié pour la première fois le 30 octobre 1811.
Marianne et Elinor Dashwood sont des sœurs très différentes : l’une est impulsive tandis que l’autre est très méfiante. Pourtant elles doivent toutes deux faire face à la mort de leur père et à ses conséquences. L’attachement d’Elinor pour le timide Edward Ferrars se voit détruit par l’opposition familiale de celui-ci tandis que la romance entre Marianne et le beau John Willoughby se termine en trahison et en humiliation publique… Les deux sœurs arriveront-elles à trouver le bonheur et à surmonter ces épreuves que la vie leur impose ?
La bd « Raison et sentiments » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Raison et sentiments »
Po Tse réussit le pari audacieux de transposer le roman fondateur de Jane Austen en manga, sans sacrifier l’essence de l’œuvre. Cette adaptation, publiée en 2017 chez Nobi Nobi!, propose une relecture visuelle du premier chef-d’œuvre de Jane Austen, où les deux sœurs Dashwood incarnent deux philosophies opposées face à l’amour et à la vie.
La force de cette adaptation réside dans son respect scrupuleux de la trame originale. Po Tse ne dilue ni ne modernise l’intrigue : les obstacles familiaux, les questions d’héritage et la condition féminine au XIXe siècle demeurent au cœur du récit.
Po Tse excelle dans la caractérisation visuelle des héroïnes. Eleanor, avec ses sourires discrets et son maintien réservé, incarne la raison. Marianne, aux expressions multiples et au mouvement constant, représente le sentiment. Les yeux stylisés et les expressions détaillées révèlent les non-dits, transformant le silence d’Eleanor en langage visuel. Les costumes soignés, les coiffures élégantes et les ornements minutieux fleurs, volutes, rubans enrichissent chaque page.
Cette adaptation s’adresse aux admirateurs de Jane Austen. Po Tse livre un hommage visuel captivant à l’une des grandes amoureuses de la littérature anglaise.
Ce livre offre une merveilleuse découverte en image de la tradition celtique dans son sens le plus large, telle qu’enracinée dans la culture de la Bretagne, de l’Irlande, de l’Ecosse et du Pays de Galles à travers des contes populaires, des mythes, des épopées, des légendes… histoires drôles, tragiques, merveilleuses, effrayantes, ou simplement humaines. Les contes et légendes des pays celtes sont un véritable enchantement et une merveilleuse initiation à la mythologie celtique.
La bd « Contes et légendes des pays Celtes » disponible ici
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Contes et légendes des pays celtes en bandes dessinées est un album collectif qui propose une porte d’entrée solide dans l’imaginaire celtique, en mêlant récits dessinés et éclairages documentaires. Fidèle à la ligne éditoriale de la maison, l’ouvrage repose sur un concept efficace : mêler le plaisir de la BD à la curiosité documentaire
Concrètement, l’album alterne entre des histoires courtes dessinées et des pages de contexte. Ces sections documentaires ne sont pas là pour faire du remplissage : elles offrent des clés indispensables pour comprendre l’origine des mythes, qu’ils viennent de Bretagne, d’Irlande ou d’Écosse. On apprend autant qu’on s’évade, ce qui donne à la lecture une vraie épaisseur.
Graphiquement, le principe même de l’album, plusieurs dessinateurs, plusieurs sensibilités, devient un atout. Les changements de style ne brouillent pas la lecture ; ils accompagnent au contraire la diversité des ambiances, passant d’une scène intime à une séquence plus épique avec une vraie efficacité visuelle.
Au final, c’est une lecture accessible, idéale pour qui veut découvrir (ou redécouvrir) les légendes celtes à travers une forme vivante, pédagogique et inspirée.
Le roman d’Herman Melville publié pour la première fois le 18 octobre 1851.
Moby Dick est l’histoire de la dangereuse obsession d’un homme. Pour se venger d’une ancienne blessure, un vieux capitaine traque une baleine blanche à travers les océans, en faisant face aux pires dangers et en y amenant tout l’équipage contre son gré.
Cet album raconte l’histoire classique d’aventures de Herman Melville, revue et simplifiée par le maître incontesté de la bande dessinée moderne, Will Eisner.
La bd « Moby Dick » disponible ici
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Will Eisner a su faire preuve de humilité face au monument littéraire de Herman Melville. Son adaptation de 1998, réduite à une trentaine de pages, ne cherche pas à capturer l’intégralité du roman, mais plutôt à en extraire le cœur battant : l’obsession du Capitaine Achab et sa chasse impitoyable à Moby Dick.
Le trait minimaliste de Will Eisner joue un rôle primordial. Les décors épurés, les cases dépouillées, tout concourt à placer l’accent sur le drame psychologique des personnages. Rien ne vient parasiter le récit. Cette austérité visuelle renforce le sentiment d’isolement des marins du Pequod et l’étrangeté de leur quête obsessive.
La couleur constitue un atout majeur. Là où les adaptations antérieures proposaient une approche plate et conventionnelle, Will Eisner crée une atmosphère. Les mers, les ciels variant graduellement, les teintes sombres qui s’intensifient : tout cela soutient la progression dramatique du voyage vers l’inéluctable. Cette version courte abandonne les digressions philosophiques du roman, ses chapitres techniques sur la chasse à la baleine, la profondeur des portraits de personnages. Mais c’est un choix assumé. Will Eisner ne prétend pas rivaliser avec l’original, il le distille.
Le résultat ? Une lecture captivante qui restitue l’émotion d’ Herman Melville. Une BD pour découvrir ou redécouvrir ce mythe intemporel. C’est une belle porte d’entrée vers le roman complet.
Publié pour la première fois par Antoine Galland vers 1704.
Un Calife est captivé par les contes merveilleux que lui narre la babillarde Shéhérazade, au point qu’il la laisse vivre un jour, puis un autre jour encore, se disant en lui-même qu’il la fera bien toujours mourir quand elle parviendra à la fin de son dernier conte. Mais, sans cesse, elle reprend ses récits. En voici deux parmi cent et mille. En premier, celui de la princesse à marier Nourannahar que trois frères courtisent et qui sont envoyés au devant d’épreuves afin de se départager. Sortilèges, transports dans les airs abolissant le temps, villes grouillantes aux confins de la Perse et de la Chine. Rencontres de mages et de magiciens, voyage au centre de la Terre auprès de la fée Pari-Banou… Vient ensuite l’histoire de la princesse Gelnare dont le palais est sous la Mer, qui épouse un prince de la Terre. Leur fils Bader est bientôt aux prises tour à tour avec des génies malfaisants ou bienfaisants, des magiciennes, le cruel roi de Samandal dont il veut épouser la fille. Chacun s’ingénie à entraver ou aider sa quête vers l’amour de sa bien-aimée…
Contes sans fin, toujours recommencés, mots qui coulent comme une source merveilleuse d’entre les lèvres de Shéhérazade. Mais le Calife, comme il lui parut, ne demandait pas mieux que de les entendre, elle poursuivit donc sans attendre son ordre.
La bd « Contes des mille et une nuits » disponible ici
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S’attaquer à un monument comme les Mille et Une Nuits est un pari risqué, souvent piégeux. C’est pourtant le défi relevé avec assurance par Daniel Bardet dans cet album paru aux éditions Adonis/Glénat. Connu pour sa rigueur historique sur Les Chemins de Malefosse, le scénariste évite ici l’écueil de la compilation indigeste pour revenir à la source véritable du récit : la traduction d’Antoine Galland.
Daniel Bardet opère des choix narratifs chirurgicaux, se focalisant sur des pépites comme l’histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. Ce parti-pris restitue la véritable mécanique du conte oriental : cette narration en « tiroirs » où la parole devient une arme de survie. On y retrouve une Shéhérazade stratège et une densité psychologique que les adaptations jeunesse ont souvent gommée. Le texte respecte la saveur littéraire du XVIIIe siècle, mêlant le merveilleux à une certaine cruauté sans fausse pudeur.
Aux pinceaux, Rachid Nawa livre une partition graphique étonnante. Son trait réaliste ancre le mythe dans une matière tangible, loin des imageries vaporeuses habituelles. Ses décors fouillés et son travail sur les textures confèrent à l’ensemble une atmosphère pesante et envoûtante. La mise en couleurs, chaude et contrastée, sert la dramaturgie.
Cet album réussit le tour de force de concilier le respect du texte classique et le dynamisme de la bande dessinée moderne. Une redécouverte pour les amateurs de littérature qui souhaitent voir les mots de d’Antoine Galland prendre vie.
Adapté du roman de Bram Stocker publié le 26 mai 1897.
Pour la première fois en manga, le roman culte de Bram Stoker devenu un mythe moderne ! Un sombre personnage, le comte Dracula, réside dans un terrifiant château perdu en Transylvanie. Il projette de s’installer à Londres, terre pleine de nouvelles opportunités et de victimes potentielles qui lui permettront de maintenir son effroyable règne et son immortalité. Après avoir attaqué plusieurs victimes, le vampire est pris en chasse par l’équipe du téméraire professeur Van Helsing, composée notamment du notaire Jonathan Harker et de sa femme Mina. Tous se sont donné pour mission de l’arrêter à tout prix, avant qu’il ne soit trop tard.
La bd « Dracula » disponible ici
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L’adaptation manga de Dracula que propose Nobi Nobi réussit le pari de transformer le roman de Bram Stocker en récit séquentiel sans le trahir. Virginia Nitouhei impose un trait réaliste et épuré. Pas de débauche graphique, pas de gore spectaculaire : le malaise naît de l’atmosphère, des regards échangés, de la tension psychologique qui monte insidieusement.
Les ruelles de Londres, le château transylvanien, chaque environnement respire l’authenticité. Les aplats noirs créent une densité visuelle oppressante sans basculer dans l’excès. L’illustratrice comprend que l’horreur véritable n’est pas celle qu’on montre, mais celle qu’on suggère.
Sur le plan narratif, Stacy King préserve l’essence du texte original : cette collision entre rationalité victorienne et forces incompréhensibles. Van Helsing n’est pas simplement un chasseur de vampires, mais un savant confronté à l’impuissance de la science. C’est cette tension existentielle que le format manga illumine particulièrement bien, en épurant la verbosité du roman.
Une porte d’entrée moderne vers le mythe de Dracula, respectueuse de ses origines gothiques mais vivifiée par l’art du Manga, cette adaptation vaut le détour.
En juin 1944, à la veille du Débarquement, Charles de Gaulle doit encore imposer sa légitimité. Tenu à l’écart par les Alliés et contesté par Franklin D. Roosevelt, il refuse que la France libérée soit placée sous administration étrangère. Entre 1944 et 1945, il manoeuvre pour rétablir l’autorité nationale et placer le pays dans le camp des vainqueurs. Le chef de la France libre devient homme d’État de la fin de la guerre jusqu’en 1946. S’en suit une traversée du désert qui s’achève en 1958, lorsqu’il revient au pouvoir dans une France en crise et fonde la Ve République. Mais en mai 1968, face à la contestation étudiante et sociale, celui qui fut autrefois l’homme du recours paraît dépassé, comme rattrapé par le temps et ses propres souvenirs.
La bd « Charles de Gaulle … mais la France libérée » disponible ici
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Jean-Yves Le Naour, historien, et Claude Plumail poursuivent leur portrait dessiné de Charles de Gaulle avec ce second volume, qui couvre les années 1944 à 1968. On y retrouve le chef de la France libre à un moment décisif : à la veille du Débarquement, il lui faut encore imposer sa légitimité. Tenu à l’écart par les Alliés, contesté par Franklin Roosevelt, il refuse que la France libérée passe sous administration étrangère et manœuvre pour rétablir l’autorité de l’État.
Jean-Yves Le Naour ne dessine pas une statue mais un homme politique, tour à tour visionnaire et cassant, porté par une idée de la France et prêt à beaucoup pour la faire prévaloir. Le récit suit sa trajectoire jusqu’à la fondation de la Cinquième République, puis jusqu’à mai 1968, où l’homme du recours semble soudain décalé, rattrapé par le temps. Cette dernière partie, moins glorieuse, donne au portrait sa profondeur : on y voit un dirigeant vieillissant douter.
Le dessin réaliste de Claude Plumail sert cette ambition. Son trait précis restitue les visages connus, les décors d’époque, les coulisses feutrées du pouvoir. La mise en couleurs sobre convient à ce récit d’archives et laisse toute leur force aux moments de tension diplomatique, souvent plus parlants que les scènes d’action.
À conseiller aux amateurs d’histoire du vingtième siècle et de biographies dessinées et à ceux qui veulent comprendre l’homme derrière la figure officielle, au-delà des discours et des commémorations.
Adapté du roman de James Carlos Blake publié en aout 1996.
Quoi de mieux pour narrer l’épopée de la révolution mexicaine que de se mettre dans la peau de Rodolfo Fierro, le plus fidèle et irréductible compagnon de Pancho Villa ? À travers son récit, c’est l’histoire chaotique du Mexique au début du XXe siècle qui défile. L’odyssée grandiose et pitoyable de ces révolutionnaires à la fois idéalistes et cruels. Entre faits et fiction, une vision très noire, d’où émergent des moments d’authentique grandeur, le dévouement et le courage d’hommes sans mesure, qui embrassent ta vie et la mort avec la même fougue. Une réflexion sur le sens de l’action révolutionnaire.
La bd « Les Amis de Pancho Villa » disponible ici
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Adapter le monument littéraire de James Carlos Blake tenait de la gageure, tant son texte suinte la poudre et le sang. Pourtant, avec Les Amis de Pancho Villa, Léonard Chemineau ne se contente pas d’illustrer la Révolution mexicaine : il en restitue toute la fureur.
Loin de l’image d’Épinal du bandit au grand cœur, l’album nous plonge dans la brutalité nue des Dorados, l’élite de Pancho Villa. À travers le regard glaçant de Rodolfo Fierro, le « boucher », le récit dissèque une fraternité toxique où l’idéal révolutionnaire se noie progressivement dans une violence aveugle. La narration ne juge pas, elle expose, avec une fidélité redoutable au texte original, la mécanique implacable de la loyauté en temps de guerre.
Le trait de Léonard Chemineau est à la hauteur de cette noirceur. Le dessin est nerveux, gratté, comme érodé par le vent des sierras. Il n’y a pas de place ici pour la ligne claire : les ombres sont tranchantes et les « gueules » des protagonistes portent les stigmates de l’histoire. Les scènes de cavalerie, d’un dynamisme étourdissant, rappellent que la guerre est avant tout un chaos cinétique.
C’est une œuvre âpre, une fresque crépusculaire pour qui veut comprendre l’envers du décor de la légende mexicaine. Une réussite totale.
Adapté du roman de Sijie Dai publié le 20 janvier 2000.
En pleine Révolution culturelle lancée par Mao Zedong, Ma et Luo, deux amis de 17 et 18 ans, sont envoyés en rééducation dans la province du Sichuan car ils sont considérés comme des «intellectuels». Les deux amis rencontrent la fille du tailleur voisin, considérée comme la plus belle de la montagne, mais sans instruction. Tous deux en tombent immédiatement amoureux. Ils décident de voler une valise de livres interdits de grands auteurs occidentaux du XIXe siècle. Luo en fait le serment : «Avec ces livres, je transformerai la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde».
La bd « Balzac et la Petite Tailleuse chinoise » disponible ici
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Balzac et la petite tailleuse chinoise transpose avec beaucoup de justesse le roman de Sijie Dai dans un langage de bande dessinée à la fois ample et sensible. L’histoire se déroule dans la Chine du début des années 1970, en pleine Révolution culturelle : deux adolescents, Luo et Ma, sont envoyés en « rééducation » dans un village de montagne. Leur quotidien, rythmé par le labeur et la surveillance, bascule lorsqu’ils mettent la main sur une valise de livres interdits. À partir de là, la littérature devient un passage secret : elle ouvre des brèches dans un monde fermé, et redessine le champ des possibles.
Le récit fonctionne comme un apprentissage sous contrainte, où l’intime et le politique se nouent sans jamais forcer l’effet. La relation entre Luo, Ma et la Petite Tailleuse évite le schéma simpliste : l’éveil qu’apportent les lectures n’efface ni les rapports de domination, ni les contradictions du désir. C’est précisément cette zone grise entre fascination, amour, manipulation et besoin de liberté qui donne sa force aux personnages.
Graphiquement, Freddy Nadolny Poustochkine privilégie des compositions qui respirent, souvent moins “case à case” que portées par de grandes images. Les paysages de montagne, la mine, les intérieurs pauvres : tout participe d’une atmosphère à la fois rude et presque hypnotique. La couleur, travaillée par climats, renforce l’oppression du quotidien autant qu’elle laisse affleurer, par moments, l’élan romanesque des lectures.
A découvrir.
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